Cinematamua 68 – Bernard Villaret : la Polynésie (1959)
par ICA - Marc le 14 oct, 2010, dans la catégorie Années 50, Reportage, Télévision
« Bernard Villaret : la Polynésie est une émission produite par Pierre Sabbagh en collaboration avec la Société des Explorateurs français. Pierre Sabbagh s’entretient avec Bernard VILLARET de ses séjours en Polynésie en 1959. Il y a tourné plusieurs films et présente ici deux séquences distinctes filmées au début des années 50. L’une met en scène un jeune Tahitien que l’on suit dans sa découverte de la faune sous-marine du lagon ; l’autre se passe sur l’île de Piti-U-Tai que Bernard Villaret et sa femme ont habitée durant plusieurs mois. Cette île avait comme particularité d’être déserte et leur film illustre une de leurs journées habituelles ; journée durant laquelle ils pêchent poissons et coquillages, photographient leur environnement et préparent des repas à base de produits locaux. De cette expérience, Bernard Villaret a écrit un livre « Piti-U-Tai, Mon île déserte du Pacifique, six mois de chasse sous-marine parmi les poissons de coraux » publié en 1952.
A propos de ce livre, Paul Ahnne écrit dans le Journal de la Société des Océanistes (1952 – Vol.8) : « A près avoir consacré deux livres d’imagination et un album photographique à Tahiti et à ses environs, c’est une robinsonnade de six mois dans un îlot niché près du rivage de Bora Bora que conte ici Bernard Villaret. Spécialiste de la pêche au fusil sous-marin, il a passé une bonne partie de son séjour à Piti-U-Tai sous l’eau, capturant des poissons pour se nourrir, lui et sa femme, mais aussi observant l’extraordinaire faune des mers tahitiennes.(…) Monsieur Bernard Villaret, médecin, homme d’action, poète et peintre dans toute l’acception du terme, s’y révèle sous le jour le plus sympathique. »
Gilles Barba sur son site « Robinson & Cie » analyse ainsi leur séjour sur l’îlot: « Le couple Villaret est tombé sous le charme des îles des mers du Sud, à commencer par Bora-Bora qu’ils visitent avant les grands remuements de la guerre du Pacifique. Leur projet de séjour à Piti-U-Taï n’est que partie remise et c’est en 1950 qu’ils mettent leur projet à exécution. Ils s’installent à quelques encablures de Bora-Bora avec l’aide des naturels avec lesquels ils entretiennent des liens de sympathies teintés de paternalisme. Comme Brouillet ils considèrent les polynésiens comme de grands enfants : « Ceux-ci ont beaucoup plus de considération pour un Blanc, aussi habile qu’eux à arracher sa nourriture à la nature – notamment à attraper du poisson – qu’ils en auraient par exemple pour un membres de l’Institut. Pourquoi attendre autre chose d’un peuple charmant, remarquable à beaucoup de points de vue, mais dont le niveau intellectuel dépasse rarement celui d’un Européen de treize ans ! » […]
L’île est paradisiaque, surtout elle pourvoie amplement à l’alimentation du couple. La flore est abondante et tout pousse sans effort. Villaret décrit un verger tropical constitué de cocotiers, miro, bananiers, arbres de fer, goyaviers, papayers, pandanus…Par contre le gibier manque à l’appel si ce n’est les rats qui règnent en maître et les margouillats (lézards) et une ribambelle de bestioles qui rampes, qui grouillent…Le rivage et la mer par contre pourvoient largement à l’alimentation : mara, carangues, iihi, taïnifa, toau, roï, tarao, apaï, tonu, huéhué, momoa, éumé…sans parler des coquillages tout aussi nombreux et précieux pour le collectionneur. Seul l’utilisation du lexique maori donne un peu d’exotisme au récit. « Sans le ravitaillement en poisson frais qu’elles nous procuraient, notre expérience de Piti-U-Taï eût été sophistiquée et se fût résolue en une série de pique-nique au bœuf en boîte, au sein de la plus splendide des natures. »
En bons français, c’est le pain qui leur manque. Et voilà nos Robinson qui guettent la levée d’un pavillon qui annoncerait la fournée. Malheureusement il annonce plus souvent une visite ou du courrier. Sur la fin du séjour, enfin : 4 belles miches. L’aventure s’arrête brutalement avec l’annonce de la guerre de Corée. L’engouement romanesque était de toute façon depuis longtemps épuisé. »
Diffusion Cinematamua 68 : Mercredi 17 novembre 2010. Fonds INA.





